10/12/2013

Les Aventures de l'Abeille 2.0 - On veut des héroïnes !

Il y a bientôt 3 ans, l'Abeille commençait à se poser de sérieuses questions sur le féminisme, et tombait sur un groupe d'extrémistes qui ne lui a pas fait très bonne impression (ici).

Depuis, l'Abeille a bien réfléchi. Vécu des expériences, analysé les situations. Elle a vu que l'heure était grave, et elle est devenue féministe à son tour - officiellement.

Voici l'une de ses dernières aventures.












(la fille n'a pas d'existence propre, elle est un trophée que tous les mâles convoitent, et qui revient au héros)



























Aujourd'hui, j'estime que c'est une véritable responsabilité pour les gens créatifs et intelligents, que de produire des œuvres qui luttent contre les inégalités et notamment contre le sexisme. 

Il est temps de montrer des vraies femmes, humaines, profondes et complètes. Des femmes avec de vraies forces (intelligence, talent, confiance en soi, existence propre et pas uniquement par ses rapports avec les hommes, pouvoir décisionnaire, poids dans l'histoire racontée...) et de vraies faiblesses, basées sur autre chose que les stéréotypes machos et les raccourcis faciles (femmes fragiles et sensibles par nature, farouchement jalouses les unes des autres, imperméables à l'humour, inaptes au plaisir sexuel, intéressées que par leurs chaussures et leurs sacs, etc.)

Et non plus des créatures réduites à leur potentiel sensuel (femmes fatales dominatrices qui font bander, ou jolis meubles servant de faire-valoir et/ou de récompenses aux hommes) ou à leur potentiel chiant (copine/épouse, mère, belle-mère, moche, grosse, vieille...)























Le site du Guide de l'édition jeunesse : ici.
Le test de Bechdel : .
Et puis Aningaaq, le court-métrage qui va avec Gravity ! .





« Je ne fus pas une jeune fille libérée. À 20 ans, j'étais tombée dans le premier piège tendu aux ignorantes : croire que la liberté des femmes était un fait acquis. L'égalité des sexes ? Une question réglée par la génération de ma mère, elle qui fut résistante à 18 ans, vota dès sa majorité, travailla sans relâche. Certes, ma mère faisait « tout » à la maison, mais la faute, pensais-je, devait en incomber uniquement à mon père, de mauvaise volonté. L'accès égal aux études et aux professions ? Cela allait de soi. « À travail égal, salaire égal ? » Imposé par la loi. Choisir d'avoir ou non un enfant, selon ses convictions personnelles, morales ou religieuses ? La moindre des choses. Tout cela, croyais-je, ne méritait même plus d'être discuté. Ces avancées ne s'imposaient-elles pas par leur bon sens, ne remportaient-elles pas l'adhésion générale parmi filles et garçons de mon âge ?

Aujourd'hui, quand je me retourne sur ma trajectoire de jeune fille, je vois la traversée d'un champ de mines par une petite créature sans carapace, désarmée par sa propre naïveté, aveugle aux ambivalences de la famille, aux non-dits de l'école, à la persistance des hiérarchies, aux exigences perverties des religions, aux habits neufs du machisme.

Je connaissais les règles écrites et officielles. J'ignorais les plafonds de verre, les filets de la bien-pensance, ou les sables mouvants d'une libération parfois trompeuse. Je ne savais pas que le corps d'une jeune femme est, et reste, dès qu'il prend forme, un trophée âprement disputé entre mâles, mais aussi l'enjeu d'une lutte sans merci où s'opposent la famille, l'Église, l'État, l'école, et même le commerce et les médecins... »






15 commentaires:

  1. Un article vraiment inspiré et super intéressant ! J'étais tellement dans le texte que je me suis spoilé quand même gravity pour tout lire.

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  2. Words of wisdom. Il faut que ce soit lu.

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  3. MERCI !!
    Ce post résume à la perfection les raisons qui m'ont poussé à développer dans mon webcomic des personnages principaux féminins et forts. Je suis d'ailleurs à la fois amusée et agaçée que les gens (homme ou femme) aient remarqué la quasi absence de personnages masculins et nous en aient demandé la raison... parce que si cela avait été l'inverse (uniquement des personnages masculins), je pourrais parier n'importe quoi qu'absolument personne n'aurait fait la remarque dans l'autre sens !
    La route est encore longue, et comme tu dis, c'est avec des gouttes d'eau qu'on fait l'océan :)

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    1. Après, quand on décide de situer son histoire dans un contexte historique bien défini et réaliste, on est bien souvent obligé de respecter les "normes" de l'époque (femme dépendante des hommes, etc.). MAIS ça n'empêche pas de faire des personnages féminins intéressants et forts. Je pense à Roxane (eh oui) dans Cyrano de Bergerac, surtout dans le film, qui est d'une intelligence et d'une présence absolument délicieuses. On est loin du cliché de la précieuse ridicule véhiculé par Molière.

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  4. Très intéressant, je suis d'autant plus d'accord avec la fin de ce billet. Un des problèmes principaux du déséquilibre entre les sexes, c'est que bon nombre de personnes pensent que le débat est clos et résolu, que les inégalités sont aujourd'hui de l'ordre du détail infime. Cette illusion est difficile à dissiper des esprits, qu'ils soient féminins ou masculins.

    Je remarque quand même que la question revient de plus en plus souvent depuis quelques temps, c'est bon signe.

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    1. Tout à fait ! J'ai remarqué aussi que de plus en plus de blogs (francophones ou anglophones, je ne sais rien lire d'autre à part un peu d'allemand) partageaient des idées féministes, et ça me rassure et me stimule à faire de même - bien que certains anti-féministes en profitent pour dire "oh là là vous faites que suivre la mode bande de coconnes".

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  5. Très bon article, et en tant qu'homme naturellement sensible, j'acquiesce amplement sur une phrase (qui me concerne fortement), c'est qu'il est "difficile pour un homme d'avoir à toujours être fort et viril", surtout quand c'est notre caractère et notre manière de ressentir les choses est à l'opposé complet.

    Mais très bon article et bien illustré ^^!

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    1. C'est ce que beaucoup ne comprennent pas : le féminisme n'est pas bénéfique qu'aux femmes...
      Merci :)

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  6. Après ce n'est pas seulement la mentalité des hommes qu'il faudra changer.
    Une grande majorité de femmes ont en tête cette image de l'homme qui doit être protecteur, fort, viril, limite macho (vive le bad boy) et associent la sensibilité, la fragilité et le coté "réfléchir avant d'agir" a une forme d'asexuation masculine!

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    1. D'où l'importance selon moi de changer cette représentation dans les œuvres ! Filles et garçons intègrent dès l'enfance ces caractéristiques censées être liées à leur nature, via la majorité des livres qu'ils lisent et des films qu'ils voient, et toute leur vie ils continuent à s'identifier à ce qu'on leur propose. Ce que je veux, c'est changer, diversifier la proposition :)

      Mais oui, le féminisme, c'est aussi changer la mentalité des femmes - et c'est parfois le plus dur !

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  7. Très bon article. Que j'avais même pas commenté, tiens (mais je t'avais dit ce que j'en pensais) !

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  8. J'ai été sur ton blog après avoir vu ton commentaire sur le blog de Diglee, et je trouve ton article très intéressant aussi. J'ai vu Gravity et j'ai pensé la même chose que toi : ça m'a vraiment fait plaisir que l'héroïne soit aussi naturelle et intelligente. Bon, après elle est quand même très belle, donc même si elle n'est pas en petite culotte, c'est bien agréable à regarder ^^
    Merci pour ce post féministe qui résume bien ma pensée et celle de beaucoup de femmes, et d'hommes aussi, je pense.
    Je vais continuer à lire ton blog qui m'a l'air bien intéressant :3
    ciao,
    Astrid

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    1. Merci à toi aussi. Et moi aussi je trouve Sandra Bullock sublime dans Gravity :)

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  9. Bravo pour ce post si joliment drôle et qui dit tellement de vérités ! on est nombreuses penser comme Nicole Bacharan, et un peu comme toi, merci de savoir aussi bien l'exprimer ;-)

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